L'organisation de la gestion des "chiens de race" mise en place qu'à partir de la fin du 19 ème siecle


Depuis la fin du 19 ème siècle,  en Angleterre d'abord, puis en Belgique, en France, en Suisse, en Allemagne, des expositions canines ont été organisées ça et là, pour présenter des spécimen canins et les soumettre à un jury.

 la Grande Bretagne, pionnière en la matière met sur pied les premières expositions canines et on commence à parler de standard.

 

La première exposition a été organisé en 1859 et le Kennel Club a été crée en 1873 par Sewallis Evelyn Shirley un parlementaire passionné de Fox terrier, afin de mieux encadrer toutes les manifestations / expositions de chiens de race, utiles ou d'agrément et constituer un livre consignant la généalogie des meilleurs sujets.

Le Kennel Club est ainsi la plus vieille organisation cynophile du monde créée. 

 

En France, la Société Centrale Canine a été fondée à Paris en 1882, reprenant le modèle et les objectifs du Kennel Club qui étaient d'encourager la reconstitution des vieilles races indigènes et d'introduire et acclimater les meilleures races étrangères.

 Une sélection des chiens s'est progressivement mise en place à partir de standards déterminés par les amateurs de chiens organisés en "clubs de race".

Les objectifs étaient de fixer des comportements et des apparences morphologiques, ainsi que de valoriser certaines aptitudes en créant des races de chiens, dont les utilisations seraient spécifiques à chaque catégorie.

Pour cela, ces amateurs de chiens, chasseurs pour la plupart, instituèrent des registres où seraient recensés les sujets aptes à reproduire, avec leur origine et leur arbre généalogique. 

 

Au fil du temps, le chien s'est moins imposé comme un auxiliaire utile dans les tâches de la vie courante des hommes, que comme un compagnon affectueux qui si besoin montait la garde et prévenait les propriétaires de la venue d'intrus, ou de visites à domicile.

 L'attention s'est davantage portée sur la morphologie, l'allure, l'impression générale esthétique... Ainsi des phénomènes de mode ont favorisé l'augmentation des effectifs au sein de certaines races, dont l'attractivité est quasiment basée uniquement sur l'aspect physique du chien.



Une sélection des chiens de race dont le critère esthétique fait loi qui conduit aux "hyper-types" et au développement des tares génétiques


Actuellement force est de constater que les modes de sélection des chiens de race conduisent à la prolifération de sujets fragiles, atteints de tares génétiques.

 

"Selon l’étude d’Asher et al. (2009), le chien est la deuxième espèce présentant le plus de pathologies héréditaires après l’homme. Si les chiens de race connaissent autant de problèmes de santé héréditaires, c’est en grande partie par manque de diversité génétique. On trouve ainsi chez les chiens de race, beaucoup plus que chez les individus croisés: cancers, cécité, cataracte, pathologies cardiaques, épilepsie, dysplasie de la hanche, surdité… (Rooney 2009 ; Malm et al. 2010).

Dans l’étude de Brooks & Sargan (2001), le lien entre pathologie chez les chiens de race et consanguinité a été clairement établi.

Plusieurs exemples sont connus : les pathologies cardiaques et neurologiques chez le cavalier King Charles (Proschowsky et al. 2003), les diabètes 3 à 10 fois plus fréquents chez certaines races (e.g. silky terrier, cairn terrier, terrier tibétain, samoyède, chien suédois de Laponie : Kennedy et al. 2006, Fall et al. 2007) ; glaucomes chez le cocker spaniel américain (5,52%) et basset hound (5,44%), aux Etats-Unis, en comparaison à la population générale (0,89%) (Gelatt & MacKay 2004) maladie auto-immune (système immunitaire déficient) (Safra et al. 2011). Mais aussi des affections de l’appareil locomoteur : dysplasie de la hanche et du coude chez de nombreuses races (e.g. labrador retriever et molossoïdes) (Keller et al. 2011 ; Lewis et al. 2011 ; Wilson et al. 2011 ; Woolliams et al. 2011) ; collapsus induit par l’exercice chez le labrador retriever et chez d’autres races de retrievers (Minor et al. 2011). 

De récentes études rapportent qu’une transmission polygénique complexe est à l’origine de la dysplasie de la hanche et du coude chez le chien (Keller et al. 2011 ; Wilson et al. 2011). En d’autres termes, plusieurs gènes sont impliqués dans la transmission de ces affections osseuses. Ces pathologies sont bien connues chez les retrievers et plusieurs races à ossature lourde.

La sélection de caractères n’ayant aucune fonction adaptative pour l’animal (e.g. crête ornementale, plis de peau abondants, oreilles longues et pendantes, oreilles repliées…) a conduit à l’apparition de souffrances chez les chiens et les chats de race (Mc Greevy & Nicholas 1999 ; Asher et al. 2009 ; Rooney 2009 ; Hedhammar et al. 2011). 

Ces critères morphologiques extrêmes, également appelés « hypertypes », ont une influence directe sur le fonctionnement biologique (physiologique ou comportemental) de l’animal.

Asher et al. (2009) ont réalisé une méta-analyse, au Royaume Uni. Ils ont recensé 396 troubles héritables chez les 50 races les plus populaires outre Manche. 84 de ces pathologies étaient directement liés à des critères morphologiques exigés par les standards de race.

 L’essentiel du problème venant d’un pool génétique trop restreint, plusieurs scientifiques conseillent de l’élargir et d’autoriser les croisements entre races proches (Asher et al. 2009 ; Summers et al. 2010). Eviter la consanguinité en interdisant les reproductions au premier et second degré (déjà mis en place par le Kennel Club britannique : Rooney 2009 ; Nicholas 2011) limiterait également l’expression de pathologies génétiques héréditaires (Rooney 2009 ; Shariflou et al. 2011). Il apparaît comme primordial d’écarter de la reproduction tous les individus présentant des pathologies graves et héritables pour des raisons éthiques évidentes. Et ce même si ces derniers présentent une robe ou un port de queue recherché. Un dépistage par le biais de tests génétiques ou phénotypiques, permettrait de limiter la transmission de pathologies héritables (Bell 2011 ; Crispin et al. 2011 ; Lewis et al. 2011). Néanmoins, Wade (2011) met en garde contre « l’effet de l’étalon populaire », déjà en place pour les critères esthétiques. 

En effet, si tous les chiens porteurs de pathologie sont écartés de la reproduction, le risque de perte de diversité génétique est tout autant important qu’à l’heure actuelle. L’auteur suggère d’autoriser les croisements entre des individus non porteurs et d’individus porteurs d’un allèle récessif. Ces croisements éviteraient l’expression de pathologie chez les chiots de la portée. Mais un test génétique doit alors être effectué systématiquement pour une pathologie cible. Plusieurs scientifiques recommandent la limitation du nombre de saillies pour les étalons et lices les plus « populaires », afin de limiter les effets délétères de cette pratique (Leroy 2011; Wade 2011). 

A l’heure actuelle de nombreux livres de race sont « fermés». Ce qui signifie que les chiens dont les parents ne sont pas inscrits au L.O.F. ne peuvent prétendre à entrer dans le livre des origines de la race, et ce même s’ils présentent un phénotype en adéquation avec le standard officiel. Une ouverture des livres généalogiques pour les individus sains présentant les critères morphologiques recherchés, est fortement recommandée par les chercheurs. En effet, cette démarche permettrait d’apporter un matériel génétique bien plus varié (McGreevy & Nicholas 1999 ; Rooney 2009 ; Collins et al. 2011). 

Enfin, la révision des standards de race reste la mesure la plus recommandée dans la littérature scientifique. 

La sélection est actuellement opérée sur des traits qui n’ont aucune valeur adaptative pour la survie des chiens. Ces traits sont, au contraire, dans de nombreux cas extrêmement invalidants et empêchent la survie. L’objectif, de ces révisions, est de diminuer l’importance de certains critères d’ordre esthétique, qui pénalisent grandement la santé des animaux concernés. Le niveau de bien-être et l’état de santé, doit également être évalué par les juges en charge des confirmations (McGreevy & Nicholas 1999 ; Rooney 2009 ; Collins et al. 2011 ; Crispin 2011 ; Hedhammar et al. 2011)." (Extrait Projet de LOFA -Mai 2011- Thierry Bedossa)



La Société Centrale Canine, un organisation oligarchique & opaque sans contrôle et contre-pouvoir


En France si les livres généalogiques sont nés tout d’abord d’initiatives privées, les pouvoirs publics ont placé ensuite les livres généalogiques dans un cadre réglementaire et enfin au sein d’un système législatif.

 C’est ainsi que le LOF (Livre Français des Origines) a été créé à la propre initiative de la Société Centrale Canine, qu’ensuite le LOF a été placé sous la responsabilité de l’Etat et plus particulièrement du ministre de l’agriculture, et qu’enfin ce même ministre en a confié (ou plutôt en a laissé) la tenue à la Société Centrale Canine.

La Société Centrale  Canine  a été reconnue comme établissement d’utilité publique par le décret du 28 avril 1914.

La Société Centrale Canine  a été agréée en tant que fédération nationale chargée de la tenue du livre généalogique de l’espèce canine : d’abord par l’arrêté ministériel du 22 mai 1969 en application du décret n° 66709 du 21 septembre 1966 relatif à la tenue du livre généalogique pour l’espèce canine,  puis par l’arrêté ministériel du 20 mai 1994 en application du décret du 26 février 1974 qui a remplacé celui du 21 septembre 1966.

Dans les faits  la responsabilité de l'Etat concernant la tenue du LOF a été beaucoup plus théorique qu'effective, car les pouvoirs publiques ont "laissé faire" la Société Centrale Canine qui n'a jamais su évoluer et est restée une organisation oligarchique et archaïque.

Un audit a été commandité en 2004 par le Ministre de l'Agriculture sur la gestion des races de l'espèce canine et plus exactement sur la Société Centrale Canine. Des inspecteurs, François DURAND et Jean François CHARY ont rédigé un rapport édité par le COMITÉ PERMANENT DE COORDINATION DES INSPECTIONS (COPERCI) en avril 2005 qui a mis en avant toutes les aberrations entretenues par la Société Centrale Canine, dans le mode de sélection des races canines. 

"La Société Centrale Canine fédère et affilie les clubs de race et les sociétés canines régionales [...]Cet ensemble associatif, qui compte plus d'une centaine de milliers d'adhérents, souffre d'une contestation interne importante caractérisée notamment par une fréquence de litiges inhabituelle. Cette situation trouve en particulier ses origines dans des statuts et règlements archaïques favorisant l'oligarchie et des pratiques critiquables. Ces défauts fragilisent l'autorité normalement fondée sur la légitimité. On constate par ailleurs l’absence d’une politique clairement définie en matière de gestion des races ainsi qu’une dévaluation des signes de qualité (pedigrees, affixe, classements…) garantis normalement par la SCC." (extrait Rapport sur la Gestion de l'Espèce Canine - Avril 2005- Edité par le COPERCI)

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Rapport sur la Gestion de l'Espèce Canine -Avril 2005
Résultats d'un audit commandité par le Ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard en 2004
rapport_COPERCI_2005.pdf
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Un rôle très ambigüe de l'état dans la gestion des chiens de race: entre passivité et désengagement


Environ 200 000 chiens par an sont inscrits au LOF.

Les formalités pour inscrire un chien au LOF sont onéreuses : déclaration de saillie pour l’éleveur / producteur, demande d’inscription à titre provisoire (=déclaration de naissance), séance de confirmation, et demande d’inscription à titre définitif…

Les tarifs varient selon les démarches pour les propriétaires canins de 10€ pour une déclaration de Saillie, 25€ par chien pour une inscription provisoire, de 25 à 60 € pour une inscription définitive, 35 € pour un duplicata de certificat de LOF,… Soit des recettes de plus de 12 millions d’euros par an, uniquement pour les chiens inscrits au LOF.

A ces recettes s’ajoutent les ventes de licences et carnets de travail, pour la partie des chiens qui pratiquent des disciplines sportives : Agility, pistage, Ring… 22 €, 17 €…, ainsi que des imprimés divers tels que certificats de vente, règlements de concours, etc…

- Or un premier rapport du COPERCI (Comité Permanent de Coordination des Inspection) 2002-T-038 concernant la Société Centrale Canine, audit organisationnel et financier de la gestion du fichier national d’identification des chiens avait mis à jour le déficit de transparence et la non conformité des comptes de la Société Centrale Canine.

 

- En 2008, Mr Renaud BUCHE ex président de la Société Centrale Canine a été mis en examen pour abus de biens sociaux, faux et usage de faux, vol, détention d’arme de 4eme catégorie sans autorisation, mauvais traitements et actes de cruauté envers les animaux domestiques…Plus de 40 000 € aurait été détourné en sa faveur… Une mise en examen qui a fait suite à une enquête menée depuis septembre 2006…

- Plus récemment, le 5 juillet 2012 ce Mr Renaud BUCHE a été condamné par le tribunal d’Evreux pour les mêmes chefs d’inculpation, avec une peine minorée cependant parce que la Société Centrale Canine ne s’étant pas portée partie civile !!!

 

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- A ce jour la position monopolistique de la Société Centrale Canine dans la gestion du livre généalogique canine, ainsi que ses pratiques sont en contradiction avec la directive 91/174/ CEE du 23 mars 1991. Et pour cause les statuts de la Société Centrale Canine datent de 1952 !!! Les projets de modifications de statuts n’ont jamais été approuvés par les ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur…

 

- Pourtant la loi d’orientation rurale de 2006, avait imposé à toutes les organisations agréées en charge des animaux d’élevage, un volet d’amélioration génétique, et des statuts et règlement intérieur assurant une représentation équilibrée des différents partenaires, ainsi quine comptabilité analytique suffisamment détaillée. La SCC a dérogé à cette règle, sans avoir à subir quelconque condamnation ou mise en demeure…

  Dans les faits, la Société Centrale Canine n’est en aucun cas inquiétée concernant son déficit de transparence de ses comptes, laissant la porte ouverte à toutes les malversations financières possibles. 

La mise en examen de l'avant dernier Président de la Société Centrale Canine en est la parfaite illustration.



Pourquoi une organisation si déplorable pour la gestion des chiens de race?


La majorité des amateurs de chiens de race ou de sports canins sont bien au fait des abus et de l'oligarchie de la Société Centrale Canine, puisqu'elle les subit et essaie de "faire avec" depuis des décennies... Les plus frondeurs qui ont eu le courage de dénoncer tout cela, ont eu à face face à des menaces d'extradition (juges, exposants) ou à des chantages à la licence (pratiquants de disciplines canines)  

Rapport du COPERCI, procès de Renaud Buche,ex président de la Société Centrale Canine... Rien ne change... Le Comité de la Société Centrale Canine reste arque-bouté sur ses prérogatives, et ne souhaite pas changer quoique ce soit à l'organisation actuelle de la Cynophilie française.

La Société Centrale Canine est devenue rien d'autre qu'un organisme d'enregistrement des pédigrées et un tiroir-caisse qui fait vivre quelques salariés et permet à ses membres du comité (pratiquement tous juges) à voyager gratuitement dans toute la France et l'outre-mer.

Des contestations se font ça et là, notamment via l'ADDIAPC (Association de Défense des Droits et Intérêts des Amateurs et Professionnels Canins), des forces de propositions comme le projet de LOFA (Livre des Origines Français Alternatif) émanant de Mr Thierry Bedossa, président de la SFC (Société Francophone de Cynotechnie), mais il n'y a pas d'organisation fédératrice pour construire une entité rivale à la Société Centrale Canine, qui faute de légitimité s'impose de fait, par sa position monopolistique dans la délivrance des pédigrées.